Compte-rendu du colloque “L’Ethnomusicologie de la France”, Université de Nice Sophia-Antipolis, novembre 2006

Homerecherchecompte-rendusCompte-rendu du colloque “L’Ethnomusicologie de la France”, Université de Nice Sophia-Antipolis, novembre 2006

Rapport Elise HEINISCH

Colloque international

 

L’Ethnomusicologie  de la France

Nice, Université Sophia-Antipolis

15-18 novembre 2006

Plan du rapport

Introduction, retour aux journées de la SFE, juin dernier

I.     Objet du colloque

II.  Forme

III.               Contenu

IV.               Développement et commentaires

Conclusion, impressions collectées

Université Sorbonne Paris IV le 29 novembre 2006

  Comme annoncé aux journées d’études de la Société Française d’Ethnomusicologie en juin dernier, Luc Charles Dominique et Yves Defrance s’activent pour la valorisation de l’ethnomusicologie de la France avec comme première impulsion, un colloque.

?   Juin dernier, journées d’études de la Société française d’ethnomusicologie, extrait du rapport de Jeanne Miramon-Bonhoure.

« A propos d’une ethnomusicologie de la France ».

Luc Charles-Dominique, Maître de conférence à l’Université de Nice Sophia Antipolis

Yves Defrance, Directeur CFMI, Université de Rennes II

L.C.D. et Y.D. présentent un manifeste qu’ils ont écrit à la suite d’un constat assez défaitiste sur l’état de l’ethnomusicologie de la France, qui propose d’ouvrir un débat sur les recherches concernant les musiques françaises. Cette démarche a suscité de nombreuses réactions, et cette communication est l’occasion de discuter ensemble des problèmes qu’elle soulève.

• Il s’agit d’un processus longuement mûri qui s’inscrit dans l’observation d’un déclin de l’ethnomusicologie de la France qui se révèle notamment dans l’enseignement universitaire.

• Le domaine français suscite un intérêt assez moyen d’après L.C.D., il y a donc un vrai travail à faire pour ressusciter de l’intérêt dans ce domaine. L’institution du Musée des arts Traditionnels et Populaires n’est pas engagée dans la publication et la conservation des archives, elle est en mauvais état, ce qui porte préjudice à notre domaine.

Il y a aujourd’hui très peu de témoins vivants de nos traditions musicales et ceci nous oblige à nous redéfinir dans notre recherche.

• D’autre part, le mouvement revivaliste s’appuie essentiellement sur le secteur associatif qui est aujourd’hui en difficulté, or il possède de nombreux enregistrements.

L.C.D. et Y.D. ont donc essayé de proposer des propositions alternatives.

? L.C.D. pose le problème en ces termes : dans quelle mesure le domaine français pose-t-il une problématique spécifique et pertinente ?

• La France est le produit d’une histoire qui a sa spécificité qui mérite une grande attention.

Depuis le 17e siècle il existe une fracture profonde entre culture « savante » et culture « populaire ». Fracture qui est le fait d’un académisme, une arme politique au 17e siècle, qui va faire émerger la structuration dans le domaine des savoirs écrits contre les savoirs populaires de tradition orale.

A partir de là, quoiqu’on ait fait, le fossé entre ces deux cultures n’a jamais été comblé.

A cela s’est ajoutée l’opposition entre oral et écrit, renforcée par l’organisation territoriale d’un centre et de sa périphérie.

• L.C.D. retrace l’évolution du mouvement de collecte, perverti par cet académisme en France, qui a une histoire particulière en France par rapport à l’Europe.

• Puis il indique une autre spécificité française, le revivalisme qui a connu une histoire particulière en France et pose beaucoup de questions : mouvement qui a 35 ans aujourd’hui et qui a produit beaucoup de sources (des milliers d’heures d’enregistrements).

? Pourquoi parler dans un domaine français ?

• L.C.D. explique que parler dans un domaine spécifique permet un travail dans la pluridisciplinarité : linguistique, géographie, histoire.

Au-delà du colloque qui aura lieu en Novembre à Nice sur ces questions, Y.D. et L.C.D. ont pensé que pour réhabiliter un domaine il fallait se doter d’un outil qui permette la réhabilitation (un plan d’action) : c’est-à-dire faire de l’édition, organiser des colloques, réfléchir au devenir des collections régionales. Ceci implique une constitution d’un groupement formel avec une personnalité juridique et un mode de fonctionnement qui peut essayer de trouver des moyens financiers pour essayer de valoriser tout un domaine.

Une association de gens différents qui travaillent sur une préoccupation commune pour prendre en compte toute la dimension non universitaire de ce mouvement revivaliste (qui représente environ 97%).

Imaginer les cadres d’un regroupement plus large ; il ne s’agit pas d’une nouvelle chapelle précise L.C.D., mais de fédérer plus largement pour démultiplier l’action de notre société, la SFE.

Réactions :

• Pribislav Pitoëff précise que les archives régionales ont été entièrement numérisées.

• Victor Stoichita émet un doute par rapport à ce projet : il donne l’exemple de l’institut de recherche en Roumanie qui est catastrophique. Il suggère que la thématique est plus stimulante sous forme de problématiques et non géographiques (travail par regroupement thématique).

• Plusieurs réactions controversées amènent L.C.D. à dire que ceci est très symptomatique d’un rejet du Pétainisme et du Vichysme.

• B.L.J. regrette que cela risque de créer un nouveau Musée de l’Homme ou un nouveau Musée des Arts Traditionnels et Populaires. Il se demande pourquoi privilégier un territoire alors qu’on doit produire de la science.

Nice, 15-18 novembre 2006

I.     Objet du colloque

  «  Manifeste en faveur d’une reconnaissance de l’ethnomusicologie de la France »

   Ainsi s’intitule la double page distribuée à l’entrée du théâtre du château de Valrose, de l’université de Nice Sophia-Antipolis.

    Je relève sommairement ci-après les éléments clés de ce manifeste, puisque pour la plupart ils ont déjà été annoncés en juin dernier, donc, ci-dessus.

1.     le constat

les problèmes

?     Sur les 13 universités françaises proposant un enseignement d’ethnomusicologie, seules trois disposent d’enseignants-chercheurs susceptibles de dispenser des enseignements d’ethnomusicologie du domaine français.

?     La forte perte d’influence du musée des ATP comme institution motrice dans la recherche ethnomusicologique du domaine français est indéniable.

?     On ne peut que regretter l’absence de tout espace éditorial de qualité alors qu’un véritable lectorat existe.

?     Absence formelle de tout espace d’échanges scientifiques, de réflexions et propositions. La SFE joue en partie ce rôle mais la pluralité des domaines qu’elle fédère, et aussi une prédilection ontologique pour l’ethnomusicologie des lointains font que la spécificité de notre domaine est annihilée.

?     Disparition de la génération d’informateurs nés au début du Xxe siècle et rencontrés par les revivalistes dans les années 1970 et 1980 marque la fin d’un processus de transmission et nécessite de repositionner les objectifs et méthodes de cette recherche.

?     Le secteur associatif connaît un déclin inquiétant et un désengagement net de l’Etat ne conduisant à aucune cohérence globale.

Éléments à tempérer

?     travail de fond accompli depuis la décennie 1970 dont l’analyse et la valorisation commencent à porter leurs fruits.

?     Le choix d’une formation scientifique voire carrière universitaire d’un certain nombre de collecteurs et de chercheurs « revivalistes » est un  paramètre d’importance dans la constitution d’un champ disciplinaire scientifique.

?     Ce « domaine français » s’ouvre de plus en plus à des expressions musicales et chorégraphiques mutliculturellles dont les cadres sont plus largement urbains ou suburbains, de même les territoires d’outre-mer sont de plus en plus présents dans ce domaine ethnomusicologique.

2.     les préconisations

Projet pour un plan d’urgence de sauvetage et de réhabilitation sur les bases d’un groupement actif de chercheurs

?     redéfinir les diverses approches épistémologiques et les divers contenus de programmes de recherche.

?     Oeuvrer au développement de son enseignement.

?     En favoriser la diffusion par une politique suivie d’édition

?     Le réhabiliter au sein même de la communauté scientifique dans son ensemble et plus particulièrement de la communauté ethnomusicologique nationale et internationale.

?     Offrir un espace permanent de dialogue et de réflexion

Pour cela, est envisagé

?     La création d’une société scientifique regroupant des ethnomusicologues et ethnochoréologues dont les champs de recherche relèvent des traditions urbaines et rurales françaises, métropolitaines et d’outre-mer, et aussi de toutes les traditions issues de cultures autres, vivant et se développant dans quelque région française que ce soit ; l’inscription à terme de cette société comme centre de recherche universitaire.

?     La création d’organes éditoriaux spécifiques

?     Le recensement des travaux universitaires relatifs à ce domaine disciplinaire.

            « Nous pensons qu’une certaine forme d’interdisciplinarité doit s’instaurer dans la recherche en ethnomusicologie de la France(…) Par ailleurs le mouvement revivaliste constitue en soi un terrain de recherche extrêmement fécond. Ce travail reste à faire et fera émerger des problématiques d’anthropologie culturelle et politique, de sociologie etc. »

II.  Forme

  En arrivant au pied du château de Valrose, je me suis bien sûr un peu égarée. L’indication d’unpassant était formelle « tournez à main droite et vous trouverez le colloque des ethnomusicologues ».

  Premier souci de terrain…. j’ai oublier mon Mini Disc. J’ai donc fait travailler mon poignet.

 

 25 intervenants

?     16 ethnomusicologues

?     6 ethnologues

?     1 sociologue

?     2 ethnochoréologues

Public

?     les intervenants (pas toujours)

?     des folkeux (musiciens et/ou représentants d’associations)

?     quelques étudiants musicologues de Nice

?     quelques doctorants curieux, ou curieux doctorants.

Matériel

?     6 Power Point

?     7 écoutes musicales (seulement…)

?     4 extraits vidéo

?     1 projection de photos

III.                 Contenu

Le colloque était divisé en cinq thématiques :

1.     Des collectes romantiques au revival : l’héritage…

mercredi toute la journée

2.     Croisement des disciplines et théorisation : épistémologie et méthodologie

jeudi toute la journée

       Concert « sin fronteras » avec le groupe Kaloomé (musique des gitans de Perpignan)

jeudi soir

3.     Evolution des terrains d’enquête et des problématiques : nouveaux axes de recherche

vendredi matin et début d’après midi

4.     L’émergence du multiculturalisme

vendredi fin d’après midi

-assemblée constituante d’une société consacrée à l’ethnomusicologie de la France

            vendredi soir

5.     La valorisation des recherches ethnomusicologiques

samedi matin

IV.                 Développement et commentaires

 Je ne vais pas m’aventurer ici dans une paraphrase maladroite des abstracts et moins encore dans une rédaction complète de mes notes. Je commenterai alors quelques passages du colloque qui me semblent importants de relever, que ce soit dans les interventions, les réactions ou autres discussions.

 J’utiliserai malgré tout les repères thématiques :

1.     Des collectes romantiques au revival : l’héritage…

       Bernard Lortat-Jacob, Directeur de recherches CNRS, Université Paris X Nanterre. « L’ethnomusicologie : pas encore une épopée, juste une suite d’épisode »

  A l’image de son intervention aux journées de la SFE en juin dernier, BLJ nous a conté l’impression d’exotisme qui se dégageait des ses premières enquêtes de terrains aux côtés de Claudie Marcel-Dubois dans l’Aubrac. Les techniques de transcriptions qui se voulaient le plus fidèles possible. « il fallait même transcrire les aboiements du chien, s’il y avait ». Il nous parle aussi du folklorisme de l’époque qui fonctionnait selon l’adage : « plus c’est vieux, plus c’est beau ». Les enquêtes de terrains étaient plus des démarches déductives que de la recherche. Il nous propose également une réflexion sur l’histoire de la monographie objectivante de l’époque et la monographie problématisée d’aujourd’hui.

  L’intervention de BLJ était une bonne mise au point sur l’histoire et les anecdotes du musée des arts et traditions populaires, pour ceux qui n’étaient pas là en juin. Ne souleva peu de questions sauf pour des précisions historiques. Denis Laborde soulèvera que le « retour au terrain » n’était pas courant à l’époque.

       Michel de Lannoy, Maître de Conférences en ethnomusicologie, Université François Rabelais, Tours.

« ‘Horlogers des sons’ : musique et politique au tournant des années quatre-vingts »

  Pour Michel De Lannoy, la mission du politique s’apparente à l’art de l’horloger. Il utilisera soigneusement cette étrange métaphore tout au long de son intervention qu’il découpa ainsi :

1.     Le cadran

2.     le balancier

3.     les ressorts

  Le temps lui manqua pour nous expliquer le fonctionnement des ressorts. Une interventions intéressante non pas tant dans la réflexion que dans l’information. Au tournant des années 80, les musiques traditionnelles françaises se voient assigner un rôle politique pour lequel elles ont adopté un polymorphisme artistique. C’est à cette époque que l’on introduit les musiques traditionnelles dans les conservatoires (1987), et la même année, une rencontre à Saint Malo « musique traditionnelle et patrimoine scientifique ». Il y a eu conflits entre les démarches et non entre les acteurs, attention au populisme, il n’y a pas eu d’entourloupes politiques mais une volonté de s’entendre entre politiques éclairés et acteurs motivés. Le mouvement était autant institutionnalisé qu’autonomisé. « Aujourd’hui, l’Etat est sorti gagnant de cette période de compagnonnage et a compris que la musique peut être une arme politique »

Réactions

-(?) « Attention, la politique de l’état à beaucoup changé, n’est plus seulement acteur mais organise et accompagne »

  Pour la plupart de ces données, MDL s’est appuyé sur une note de BLJ des archives des ATP

       Antoine Hennion,sociologue, Centre de Sociologie de l’Innovation, Ecole des Mines, Paris. « A la recherche de l’objet perdu… »

 Je n’ai pas très bien saisi pourquoi cette intervention figure dans le thème 1 et pas plutôt dans le thème 2.Antoine Hennion met ici le doigt sur un sujet complexe qui divise les ethnomusicologues, et pas seulement eux. Une réflexion passionnante et sans issue sur le rapport du chercheur à son objet de recherche, ou le rapport d’un savoir à son objet. Il est question ici de notion de « goût », de réflexivité, d’objectivité ? Il juge que le colloque doit ou a pour objectif, un retour réflexif vers son objet.

Pêle-mêle :

  L’amour de l’art est le moteur caché de la recherche et on s’en défend trop souvent. Afin de ne pas faire une intervention spécifiquement sociologique ou trop légèrement musicologique, il propose d’introduire un tiers : Michel de Certeau dans l’Ecriture de l’Histoire (Gallimard, 1995) où il se questionne sur ce que faire de l’histoire peut signifier.

  Antoine Hennion nous dit que la pragmatique du goût n’a de sens que s’il y a une réflexivité sur l’objet et que le goût de la musique est autant un moteur qu’un impossible enjeu. Pour Michel de Certeau, le savant écrit sans laisser de trace de lui-même, position neutre. Il y a un système pensant et un système pensé : une différence entre l’histoire réelle et l’histoire comme discipline, mais l’homme fait les deux. Mais la musicologie ne semble pas ainsi fonctionner. Si le sociologue a aussi quelque chose à dire sur l’art, c’est parce que la sociologie a servi à faire l’art et parce que les artistes mobilisent la sociologie. La réflexivité est un problème d’engagement et non de retrait.

  Il serait important de rendre musicale la question posée par ce colloque.

Réactions

Bernard Lortat-Jacob : Pour nous, la musique comme « faire » est déjà acquis, on ne cherche pas seulement à objectiver

(?) : Quel est le rapport entre amour et engagement dans l’étude puisque l’objet ne va pas sans amour ?

Antoine Hennion : Il y a construction d’étanchéité. Comme sociologue, il y a un devoir de se couper de l’amour de l’objet.

Michel de Lannoy : il faudrait un colloque entier pour faire un rapport entre Michel de Certeau et la musicologie. Faut-il remplacer Bourdieu par pour dieu ? (précisons que Michel de Certeau était jésuite)

       Caterina Pasqualino, ethnologue, CNRS-LAIOS.

« Filmer la voix gitane » (images)

  J’étais particulièrement intéressée par cette intervention qui s’est révélée fort houleuse. Caterina Pasqualino a essayé de nous expliquer l’intérêt qu’elle porte à la vidéo dans son travail. A partir d’images d’un travail vidéo (documentaire fini) sur le chant gitan, elle nous a fait part de ces nouvelles idées et intentions sur le travail de l’image dans sa recherche.

  C.P essaie de montrer que le chant dépend d’affects sociaux et que seule l’image peut révéler ses affects. Elle nous décrit rapidement ces chants paysans d’Andalousie lors de la semaine sainte. Le film qu’elle nous projette tente de « rendre compte de la substance expressive du rituel », l’intention étant de pénétrer l’intimité. Avant, l’anthropologie  négligeait les affects pour mettre plutôt en avant le champ social. La vidéo comble ce manque, « ce que j’appelle : l’anthropologie performative ». Le sens du documentaire suit un découpage deleuzien :

-concept : philosophie

-precepts : arts visuels

-affects : littérature/musique

  Pour elle, le film signifie en images et n’argumente pas un propos.

  Il y a volonté, au montage, d’accentuation de l’aspect indicible avec l’utilisation du ralenti. Ce principe du ralenti, elle l’emprunte à Bill Viola, artiste vidéaste américain (nous montre des images). Plus particulièrement sur une oeuvre « les passions » qui utilise beaucoup le ralenti en augmentant le nombre d’images par secondes : 300/s. Il y a donc une sensation de vitesse d’image normale et des mouvements et expressions faciales ralentis.

Réactions

Hugo Zemp : Le ralenti de Bill Viola est intéressant pour les images, mais pour la musique ? Je pense que la vidéo est malgré tout une illustration

Caterina Pasqualino : Effectivement, pour le son, c’est un autre problème. L’idée du ralenti n’est pas encore très claire pour moi mais ce qui est intéressant c’est que ce n’est pas seulement un procédé filmique mais aussi un concept philosophique.

(?) : Je ne vois pas la relation entre la vidéo et la pratique de l’artiste. Je suis gêné par cette histoire de ralenti. Votre caméra focalise sur une seule chose (en référence à un plan du film où la caméra est fixe sur la main du chanteur et utilise le ralenti) Quelle est l’émotion ressentie par l’acteur ? Est-ce celle qu’on voit ? Avez-vous ce souci de « faire l’artiste » ?

Caterina Pasqualino : Je pense qu’en soulignant des éléments grâce au ralenti, je souligne les émotions, que « j’imagine » être les émotions présentes. Oui, j’ai le souci de faire quelque chose de beau.

Antoine Hennion : Le ralenti permet-il vraiment de mieux comprendre le sur-visible ? Vous ne nous avez pas parlé de ce qu’on a vu (le contenu ethnomusicologique), et je crois que ce n’est pas un hasard.

Caterina Pasqualino : C’est volontaire. Je voulais parler de ma préoccupation actuelle : mon inspiration par Bill Viola.

Bernard Lortat-Jacob : Mais jusqu’où va ton langage cinématographique ? Qu’est ce que l’anthropologie de l’intime ? Quelle intimité ? Je trouve que les affects ne sont pas forcément intime, au contraire, ici c’est très théâtral ! Tu associes l’intime au corps ? c’est très féminin…

Caterina Pasqualino : Il faut aussi pouvoir expliquer ce qui est montré.

2.     Croisement des disciplines et théorisation : épistémologie et méthodologie

       Eric Montbel, doctorant en ethnomusicologie, chargé de cours département de musique et sciences de la musique de l’Université de Provence Aix-Marseille I et à la Cité de la Musique de Marseille.  

«  le jeu moderne des cornemuses à miroir du Limousin : la stratification du sens » (photos et écoutes musicales )

  Eric Montbel, après nous avoir fait un exposé fort instructif sur la cornemuse à miroir (nom inventé par lui-même) du Limousin, le statut, le sens ou les sens de cet instrument, son histoire personnelle de musicien, nous explique ensuite que le répertoire à disparu.

Réactions

Bernard Lortat-Jacob : Tu es quand même un escroc !

  A la surprise de l’assemblée, Eric Montbel se doit d’éclairer quelques points.

Eric Montbel : J’ai inventé le jeu de la cornemuse à miroir puisqu’il avait disparu. Je ne me suis basé sur aucune tradition limousine mais de nombreuses autres influences. Il y a en effet une nouvelle tradition mais pas de tradition ancienne du Limousin même si les CD sont vendus pour du trad.

Bernard Lortat-Jacob : tu es finalement un escroc intègre ! Tu assumes ton escroquerie.

       Nathalie Gauthard,Maître de conférences, RITM, Université de Nice-Sophia-Antipolis. « Perspectives croisées : Ethnoscénologie et ethnomusicologie ou le dialogue des disciplines »

  L’intervention de Nathalie Gauthard a suscité de virulentes réactions. Dans son papier qu’elle nous a lu, elle raconte son parcours, ses rencontres avec Mireille Helfer, François Picard, sa définition de l’ethnoscénologie et enfin clôt son temps de parole en commentant quelques bonnes paroles de Marcel Mauss.

Réactions

Bernard Lortat-Jacob : Pourquoi créer encore une sous-discipline ? Tout ce dont tu parles est ethnologie, ethnomusicologie. Tes rencontres clés sont avec des ethnomusicologues, tu es inscrite à la SFE ! Bienvenu chez nous !

Nathalie Gauthard : Ma base, c’est les études théâtrales. Dans une perspective évolutionniste, il y a nécessité de créer une nouvelle discipline.

(?) : Je ne vois pas la pertinence d’une discipline à part.

Luc Charles-Dominique : Quand il y a un carrefour entre plusieurs champs disciplinaires, il est important de pouvoir les nommer.

Jean-Yves Boursier : Cette discipline a déjà une histoire, des auteurs. C’est de l’ethnologie des arts vivants, c’est tout, chacun sa spécialité, bienvenu dans la famille.

Concert Kaloomé :  « un flamenco allégé de sa souffrance et de sa virilité, (…) des musiciens qui n’ont peut-être jamais joué de notes sales » (Antoine Hennion)

  Un métissage pas forcément réussi, si ce sont ces musiciens qui illustrent la musique traditionnelle française dans ce qu’elle partage avec des cultures immigrées, ce n’est pas d’une pertinence gracieuse.

3.     Evolution des terrains d’enquête et des problématiques : nouveaux axes de recherche

       Jean Molino, Professeur honoraire de l’Université de Lausanne.

« Ethnomusicologie rapatriée et vie musicale des lieux et des groupes »

J’aimerai ici recopier l’abstract de cette intervention parce qu’il représente très habilement le ton que Jean Molino a adopté.

« Mon propos (sacrilège?) est de soutenir qu’il est nécessaire d’abandonner la perspective traditionaliste, y compris sous sa forme revivaliste, pour se placer d’emblée sur un nouveau terrain, celui de l’étude de la musique partout, en tous lieux et dans tous les groupes : quelle musique fait-on et entend-on, à Rennes comme Ecublens ou à Lausanne, qui la fait, où, quand, comment et pourquoi ? Et tout doit rentrer en compte : les concerts classique, les blas, les raves, le rock comme les chansons à la mode, etc. A ce moment là, les musiques et danses traditionnelles prennent leur juste place dans un ensemble où elles ne jouissent plus d’aucun privilège. C’est qu’il faut maintenant se fonder sur les nouvelles situations sociologiques, culturelles et politiques : il n’y a plus de « civilisation traditionnelle » et nous vivons dans un monde à peu près totalement urbanisé, où coexistent des individus et des communautés multiples, avec des pratiques musicales extrêmement variées. C’est cela qu’il faut étudier, sans se laisser impressionner par les tabous régnants comme celui qui frappe communautés et « communautarismes ». Si l’on veut rendre son sens véritable à l’ethnomusicologie, il faut qu’elle redevienne la musicologie de toutes les « ethnies » et les ethnies d’aujourd’hui, ce que j’appelle les communautés symboliques, se trouvent dans la civilisation urbaine tribalisée. Je crois que c’est la chance pour l’ethnomusicologie de la France de retrouver son rôle pionnier. »

  La musique change et c’est pour cela que l’ethnomusicologie doit modifier ses approches : plus que de métissage, il faut parler de complexité d’interactions (pluri/multi/ musicalité). On ne s’y est pas vraiment intéressé en France. L’ethnomusicologie de la France, avec un nouveau regard, rencontre un nouvel interlocuteur : le sociologue (malheureusement Antoine Hennion n’était pas là…) parce que ces phénomènes ne sont étudiés que par les sociologues.

  Il y a une convergence actuelle entre l’ethnomusicologie exotique/ethnomusicologie de la France et la sociologie.

Réactions

Luc Charles-Dominique : Nous étions, je crois, trop au cœur de la réflexion pour avoir votre recul. Merci de nous fournir ces perspectives.

Hadj Miliani : Et le statut des DOM-TOM ? Est-ce l’ethnomusicologie de la France ? Que faisons-nous des héritages coloniaux. Nous, nous sommes formés dans les universités française (Hadj Miliani est algérien) nous n’avons pas forcément de position critique.

Jean Molino : C’est un problème fondamental, le blocage vient du refus du communautarisme. Remarquons simplement que dans le Garland, les articles sur les Dom Tom et même sur la Corse, ne figure pas au sein de l’article sur la France.  Il y a des cultures distinctes, donc aucune raison de les réunir dans une masse fantôme. Mais il ne faut pas pour autant les séparer de l’héritage français.

 

4.     L’émergence du multiculturalisme

       Hervé Roten, Directeur adjoint de la Fondation du judaïsme français, directeur du Centre Français des Musiques Juives.

« Patrimoines musicaux des Juifs de France : état des lieux, collecte et valorisation »(images)

 Le multiculturalisme, comme l’introduit Yves Defrance, n’est pas une mode mais une réalité trop longtemps occultée. Hervé Roten, avant de nous montrer un petit film de 15 minutes présentant le Centre français des musiques juives, nous dit quelques mots d’introduction.

  « Le mot « émergence » est un peu gênant…déjà plus de 2000 ans qu’on émerge ! » Estimé aujourd’hui à environ 600 000 personnes, le judaïsme français constitue une véritable mosaïque de communautés aux tradition et aux origines variées. La musique juive ne représente pas un tout homogène et on ne trouve pas vraiment d’études à ce sujet. Après la Shoah, il y a eu des difficultés d’identités musicale, puis on assiste à un nouvel élan avec l’arrivée des juifs d’Afrique du Nord. On distingue deux sortes de pratiques :

       contexte rituel, pratique liturgique (en régression)

       un folklore imaginaire né d’une recherche identitaire lié au revivalisme avec des emprunts d’éléments « yiddishland » (en pleine expansion)

Le terrain est riche, il y a encore aujourd’hui des musiciens tributaires d’une tradition : ethnomusicologie d’urgence. Avec le soutien de la Fondation du judaïsme français, on a pu fonder le CFMJ.

?     projection du film de présentation.

Réactions

Monique Desroches : Pourquoi un centre « français » ? Est-ce que c’eût été différent  si c’était britannique ou canadien ?

Hervé Roten : Ce n’est qu’une question d’institution, c’était trop prétentieux de mettre « international »

 

       Hadj Miliani, Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle, Oran, Université de Mostaganem. 

« Musiques de France ou musiques post-coloniales : le cas du raï et de la chanson kabyle »

  En partant du constat que les musiques populaires du Maghreb se sont constituées, pour la plupart d’entre elles, à la charnière de la période coloniale et de la post-indépendance, Hadj Miliani se pose de nombreuses questions. Son intervention était d’ailleurs plutôt constituée de questions à partir du raï, par exemple, qui serait né en France tout comme la chanson kabyle, le tout dans un système de va et vient.

       Quelle est la part de ce patrimoine musical, à qui appartient-il ? À quelle culture ?

       Les générations suivantes s’approprient-elles ce patrimoine comme algérien ou comme français ?

       A quel niveau ces musiques font-elles parties de l’ethnomusicologie de la France ?

       Cloisonne t-on l’ethnomusicologie à des domaines populaires ?

  Il y a par exemple, en Algérie, un enjeu politique dans l’étude anthropologique des musiques confrérique. Le bon islam, c’est les soufis et le mauvais islam, les excités, les « islamistes » (idéalisme à revoir) L’ethnomusicologie sert-elle ces idéaux ?

  J’ai trouvé dans des archives qu’un des premiers groupes kabyles, en 1868, a demandé de jouer en France. Pourquoi ? Il y a une dimension historique fondamentale dans l’étude des musiques traditionnelles. Je lance un appel aux ethnomusicologues !

– Assemblée constituante d’une société consacrée à l’ethnomusicologie de la France

Rapport de David Khatile

La réunion du vendredi soir en vue de l’assemblée constituante d’une “société” d’ethnomusicologie du “domaine français” n’a pas permis concrètement de mettre en place de façon définitive les statuts et les responsabilités qui incomberaient à chaque membres de cette organisation. Ont été discutés  plusieurs points  :

       le champ d’action réel de l’organisation à créer,

       sa place et sa position vis-à-vis des institutions comme la société française d’ethnomusicologie ou par rapport à la famdt (Fédération des associations des musiques et danses traditionnelles)

STATUT

d’accord unanimement pour une association loi 1901.

NOM

 il y a débat, on sait ce que l’on ne veut pas (le nom “société ” ou encore “société française” par rapport à toute connotation colonialiste ou trop françisante)

CONTENU

 il y a débat entre ceux qui pensent que

       l’on doit être complémentaire de la société française d’ethnomusicologie et de la famdt

       et ceux qui pensent que l’on doit au contraire faire ce que ces deux institutions ont abandonné en chemin. A savoir : pour la famdt d’une part une action militante et dynamique avec une mise en relation évidente entre les acteurs de la tradition et les chercheurs et d’autre part un nombre de publication d’écrits, de conférences et de débats plus important.

SFE

       il y a ceux qui pensent qu’il faut justement ne pas tomber dans le travers de cette institution qu’ils jugent moribonde peu dynamique en terme de publications et d’ouverture vers les forces vives (doctorants, docteurs, chercheurs hors circuit universitaire, etc.)

       et ceux qui pensent qu’au contraire il serait intéressant que cette nouvelle organisation évolue en complémentarité avec ces deux institutions et qu’il y a de la place pour tout le monde dans une action et une entente cordiale et amicale.

  En tout cas, tout le monde est  d’accord (à l’exception peut-être de Bernard Lortat-Jacob qui s’est abstenu) sur le fait qu’il faut insuffler à travers cette organisation une dynamique de conférences, de

recherches,  publications, et de rencontre avec les chercheurs universitaires et non universitaires (à

partir de la maîtrise). Une aide et un soutien justement à tous ces doctorants et autres qui n’ont pas d’espace pour présenter leurs travaux ni d’interlocuteurs compétents pour les aiguiller.

  Finalement le temps à manqué pour formaliser l’association et il est convenu de se retrouver au printemps pour le faire : débattre du nom et de l’objet.

5.     La valorisation des recherches ethnomusicologiques

·       CyrilIsnart, Docteur en ethnologie, RITM, Université de Nice-Sophia-Antipolis.

« Retour(s) sur Vievola 1967 : les archives ethnomusicologiques de l’enquête de Bernard Lortat-Jacob dans la vallée de la Roya (Alpes-Maritimes) »

  Certains appellent au secours, d’autres parlent d’ethnomusicologie de l’urgence et d’autres encore font volte face et valorisent les travaux déjà effectués mais avec un recul de 40 ans et une nouvelle enquête. Ici encore, l’abstract est fidèle à l’intervention :

« Suite à la délocalisation régionale des archives sonores de Musées des ATP, les archives d’une des premières enquêtes de Bernard Lortat-Jabob ont été déposées à la Phonothèque de la Maison Méditérranéenne des Sciences de l’Homme à Aix en Provence. A partir de ces 17 heures d’enregistrements inédits de chants polyphoniques essentiellement masculins et festifs, une équipe pluridisciplinaire réunissant ethnologue, musicologue, documentaliste et linguiste a analysé et enrichi ce fond en proposant une triple valorisation d’un Livre-CD et la reprise d’une vaste enquête, près de 40 ans après les premiers enregistrements »

Conclusion, impressions collectées

Antoine Hennion, sociologue, intervenant.

« Mon impression : mitigée, non pas à cause du thème lui-même, mais à cause de la récurrence de cette demande, de redéfinir un cadre d’analyse à la mesure des enjeux d’une ethnomusicologie de la France ou du monde moderne. Demande ô combien fondée, mais dont le côté répétitif et circulaire indique qu’il s’agit plus d’un symptôme que d’une réelle reproblématisation… Même colloque, même thème, même limites il y a 20 ans !

On voit la question : tiens, on sort de l’anthropologie de l’Autre (avec ses limites, mais aussi sa clarté), pour faire une anthropologie de soi (idem pour les musiques traditionnelles et les musiques devenues modernes, ou à intégrer en tout cas à nos répertoires et pratiques modernes). Alors, soi-même comme un autre, à quel prix ? Mais à mon avis, ce genre de posture un peu contorsionnée, les historiens ont bien su la dire à propos de l’histoire moderne parce qu’ils avaient déjà travaillé sur leur posture vis-à-vis du passé, des archives, du caractère réflexif de l’histoire en général (“qui s’écrit toujours au présent”, comme dit de Certeau). Si cette auto-analyse réflexive n’est pas déjà avancée, on passe moins bien de la bonne intention à l’acte, si je puis dire, et ça me paraît un peu le cas de l’ethnomusicologie “de la France”, parce que là, le travail préalable sur les outils, méthodes et problématiques de la discipline n’a pas été conduit assez loin, du moins dans les pratiques de la recherche réelle, encore très ancrées dans un positivisme des lieux, des objets à recueillir et des formes musicales et sociales à décrire.

Au pis, donc, ces monographies utiles mais répétitives et sans débouché sur la vielle dans le Bas-Poitou, au mieux, mais avec beaucoup de naïvetés ou de catastrophes, ces projections sauvages de méthodes “trads” sur des répertoires complexes, circulant, modernes en somme, comme le flamenco ou la musique ashkenaze, bardées de cultures et d’identités à défendre… La “solution” est toujours la même, les éléments musicaux pour le stable, le “à transmettre”, et les éléments sociaux ou identitaires pour la discussion sur le développement actuel de ces répertoires. le verrou sauterait, à mon avis, si ces deux aspects devenaient symétriques : la musique “alors” était déjà circulante, en train de définir non seulement son passé mais son devenir, face à des identités dans le même état ; et inversement, aujourd’hui, refaire ces musiques est un acte aussi musical que social, cela se fait dans un contexte où “la musique”, devenue “les musiques”, forme un ensemble qui n’a plus rien à voir de toute façon avec celui des musiques traditionnelles…

Tout ça, vu d’une moitié de colloque, donc à relativiser(…) »

Sarah Mouqod, Patrick Vincent Dasen

« (…)Nous, au contraire, sommes convaincus de la nécessité de créer un espace où enfin les personnes travaillant sur la France pourraient s’exprimer et être reconnus… »

David Khatile, docteur en ethnochoréologie, intervenant.

«  Mon idée sur le colloque : j’ai trouvé le niveau des interventions d’une grande qualité en même temps que les sujets et les terrains investigués : disparates et variés. Il me semble qu’il y a eu une dynamique enclenchée aussi bien entre les intervenants qu’avec le public. Cette dynamique devrait normalement se concrétiser très prochainement avec l’association regroupant la très grande majorité des intervenants et travaillant aussi en collaboration avec d’autres énergies extérieures (doctorants, chercheurs etc.) »

Bernard Lortat-Jacob, directeur de recherches CNRS, Université de Paris X-Nanterre, intervenant.

  Quand j’ai écris un mail à BLJ, lui demandant ses impressions, il m’a gentiment fait suivre la lettre qu’il avait écrite à Yves Defrance et Luc Charles-Dominique lors de l’annonce du colloque et l’annonce du manifeste en faveur d’une reconnaissance de l’ethnomusicologie de la France. Non sans préciser que son désaccord  n’occulte aucunement la sympathie qu’il leur porte.

« Chers amis,

je réponds à votre manifeste.

Le constat : je le partage avec vous. Il y a une position assez hybride de “votre” objet (traditions musicales françaises ou supposées telles). Objet marqué, selon moi, par une double méfiance : du côté des “scholars” [type : “allons donc, on va pas s’embêter à enquêter sur des folkeux ! “] et des “régionaux” eux-mêmes : [type : “il faut être Corse pour s’occuper de la Corse”. J’exagère, mais il y a bien de cela tout de même. Rappelons nous l’affichage anti-républicain et honteux du poste de Domique Salini à Corte, il y a vingt ans. Il fallait un(e) Corse pour ce poste. On ne parlait pas à l’époque de discrimination positive, mais c’est bien ainsi que cela s’est passé. Après quoi, il semble qu’on ait reproché à Dominique Salini (épouse Bosseur) de ne pas être “assez corse”… Il faut pas mal d’humour tout de même pour accepter tout cela. On ne peut pas tout à fait reprocher à l’ethnomusicologie de privilégier “le lointain”, et par ailleurs, il faut se souvenir des apports théoriques des “Européanistes”, by large. Brailoiu / Guilcher, par exemple. Ensuite, si, sur le terrain français, il y a “nouvel objet” d’étude (ce que je conçois tout à fait) , il faut s’y atteler, le traiter et le

traîner en tribune outre-nationale.

  Donc : personnellement donc; je suis pleinement ouvert à une tribune de discussion : je viendrai bien sûr en novembre pour le congrès où par ailleurs LCD m’invite. Mais Je suis assez partagé sur la nécessité d’une création d’une société spécifique et même d’un organe d’édition spécifique franco-français. Je m’occupe (très mal, je dois dire) d’une collection “hommes et musiques” qui relève, au moins en théorie, de l’autorité de la Société française d’ethnomusicologie, et qu’Yves –notre nouveau Président – devra reprendre en main, s’il le veut bien : elle est à court de manuscrit. Si des textes ethnomusicologiques sont à concevoir ou à publier, pourquoi ne pas penser à cette collection ?

Mais d’autres solutions sont bien sûr envisageables. D’ailleurs, il existe des revues (type CMTRA), qui accepteraient sans doute de se voir recentrer, au moins ponctuellement, sur les problèmes qui vous occupent. Sous une forme ou une autre.

  A l’heure où chacun lit de moins en moins, le prix des choses, l’énergie qu’elles demandent, le prix que représente le lancement d’une collection, le manque de temps… tout cela me paraît un peu dissuasif.

  Sur le fond je vois mal qu’on puisse faire une “science de la France”. On sait très bien que les travaux de nos domaines ont grandi dans une interaction inter-nationale, ou inter-régionale. Même Claudie Marcel-Dubois, qui était pourtant bien loin d’être intelligente, avait compris cela.

  Je suis donc plutôt pour une action “interne” à notre discipline, en argumentant sur le fond : les acquis scientifiques du domaine français pourraient d’ailleurs faire l’objet d’un thème de nos prochaines journées d’études sfe; mais il faut aussi savoir que l’ethnomusicologie française a grandi dans le lit d’une anthropologie générale (ou à aspiration générale) et d’une musicologie itou. Je vois mal qu’un recentrage strictement frontalier, qui me semble relever d’une certaine frilosité, puisse être productif… »