L’enregistrement multipistes

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L’enregistrement multipistes s’avère utile aux ethnomusicologues qui souhaitent transcrire et analyser les polyphonies et polyrythmies complexes qu’ils rencontrent sur le terrain, ce qui est impossible avec un enregistrement conventionnel.

Avant-propos

Simha Arom est le premier à avoir réfléchit à l’élaboration d’une méthode de transcription et d’analyse des polyphonies et polyrythmies de tradition orale. C’est ainsi qu’il mit au point dans les années 1970 une technique d’enregistrement appelée re-recording. Cette technique consiste à enregistrer, dans un premier temps, le tutti d’une pièce polyphonique et polyrythmique, et à faire rejouer, dans un second temps, chaque musicien à tour de rôle en lui faisant entendre dans un casque le tutti enregistré préalablement. On obtient ainsi un enregistrement stéréo sur lequel se trouve à gauche la partie isolée du musicien, et à droite le tutti que l’on a pris soin de réenregistrer afin de pouvoir transcrire la partie obtenue en fonction de l’ensemble1.

Les avancées technologiques dans le domaine de l’enregistrement ont permis de progresser en matière d’équipement et de méthode. Dans les années 1990, certains chercheurs ont ainsi réactualisé le matériel du re-recording en passant du Nagra au DAT, « plus léger, facile et rapide à manier » (Olivier 1995 : 113). Plus récemment, un petit nombre d’ethnomusicologues s’est tourné vers un dispositif d’enregistrement multipistes, certes, plus imposant que le DAT, mais plus simple d’utilisation. Un tel équipement offre surtout de nouvelles perspectives en matière d’expérimentation 2. L’objet de ce texte n’est pas de présenter les avantages ni les inconvénients du « multipistes » par rapport au re-recording, mais de décrire le matériel et la procédure d’enregistrement liés à cette nouvelle technique. Equipement

Lors de mon dernier terrain effectué chez les Maale d’Ethiopie méridionale, en 2006, dans le cadre du programme de l’UNESCOMusiques, danses et instruments traditionnels d’Ethiopie : un inventaire systématique, j’ai procédé à l’enregistrement multipistes d’un grand nombre de pièces polyphoniques. Le matériel que j’ai utilisé comprend les éléments suivants :

– un groupe électrogène Subaru Robin RGX 2900

– un régulateur de tension MGE UPS Pulsar EXtreme 700 C (490 Watt – 700 VA)

– un bloc parafoudre 5 prises MGE UPS Protection Box 5 TEL@ +TV

– une interface 8 pistes Presonus FirePod Firewire

– un ordinateur portable PC Hewlett Packard Pavilion dv1000

– huit micros serre-têtes Apex 270

– un logiciel Cubase SX3. 3

Procédure d’enregistrement

Le schéma ci-dessous représente le dispositif d’enregistrement multipistes. Dans ce schéma, les connexions entre les différents appareils sont représentées en couleur. Quant à la technique d’enregistrement, elle est expliquée dans le guide d’utilisation de Cubase. A noter que, pendant l’enregistrement, on peut changer le volume de chaque micro de deux façons différentes : avec les huit régulateurs de volume de l’interface ou avec ceux du logiciel Cubase.

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Ce logiciel permet de visualiser chacune des pistes enregistrées en format wave sur des lignes séparées, mais synchronisées (voir la photo ci-dessous). Il est alors possible d’écouter les pistes ensemble ou de manière isolée, ce qui facilite grandement la transcription et l’analyse. On peut également ajouter des pistes supplémentaires si le nombre de parties à enregistrer est supérieur à huit. Il est enfin aisé de retravailler le son de chaque piste, comme par exemple augmenter ou baisser le volume d’une partie, et ce, même après l’enregistrement.
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Conclusion

Quoique imposant mais facile à utiliser, ce dispositif offre la possibilité de collecter en peu de temps un grand nombre de pièces polyphoniques et polyrythmiques transcriptibles et analysables. Autre avantage appréciable, les enregistrements ainsi obtenus sont de bonne qualité et l’on peut facilement ajouter, enlever ou retoucher chaque partie enregistrée.


1 Ce sujet est traité de façon détaillée dans les articles de Arom (1976) et Olivier (1995). 2 Voir le travail de Fabrice Marandola (2003) qui, jusqu’à présent, est l’un des seuls ethnomusicologues à avoir utilisé le « multipistes » sur le terrain. 3 Attention, le logiciel Cubase LE fournit avec l’interface Presonus Firepod ne peut enregistrer plus de quatre pistes simultanément. Références

Arom, Simha – 1976, The Use of Play-back Techniques in the Study of Oral Polyphonies, Ethnomusicology 20 (3) : 483-519.

Marandola, Fabrice – 2003 (non publié), Les polyphonies vocales des Pygmées Bedzan du Cameroun : une approche expérimentale du système scalaire, thèse de doctorat (université Paris IV), 2 vol., 489 p.

Olivier, Emmanuelle – 1995, A propos du re-recording, in V. Dehoux, S. Fürniss, S. Le Bomin, E. Olivier, H. Rivière & F. Voisin (éds.), Ndroje Balendro. Musiques, terrains et disciplines, Editions Peeters, Paris : 111-118.

Liens et informations complémentaires:
http://www.jukeboxltd.com/index.html

http://fr.audiofanzine.com/produits/tests/index,idproduit,34188,mao,presonus_firepod.html

Hugo Ferran