« The Ethnomusicologists’Cookbook » (Sean Williams ed.) par Julien Jugand et Jeanne Miramon-Bonhoure

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« A hungry bear does not dance » (Grèce, cité par Maria Hnaraki, p.240)

« The Ethnomusicologists’ Cookbook : Complete Meals from Around the World » : Sean Williams (Ed.), Routledge, New York & London, 2006, 305p.

Au menu, une couverture qui annonce un « melting pot » de condiments et d’instruments de musique de différents pays. Une proposition alléchante ! L’idée vient de Sean Williams, professeur d’ethnomusicologie à l’université d’Evergreen State College à Olympia, Washington, spécialisée dans la musique irlandaise et indonésienne. Il s’agit de rassembler dans le même plat un livre de cuisine du monde se voulant « authentique » (de l’Afrique aux Amériques en passant par l’Europe et l’Asie) avec une réflexion ethnomusicologique sur les liens entre pratiques culinaires et musicales. Après une introduction de l’éditrice, chaque contributeur (environ une cinquantaine) nous propose sa recette d’un repas complet d’une région du monde, un proverbe local, puis un essai d’une à deux pages autour de la réflexion qui fait l’objet du livre ainsi que quelques références discographiques et bibliographiques. Notre curiosité gourmande nous a poussé à tester une recette tirée de notre région de prédilection : l’Inde du Nord. Nos camarades en ont, comme nous, apprécié les saveurs.

Cependant, le cœur de la démarche – proposer une réflexion autour du lien cuisine et musique – laisse un arrière-goût doux-amer. Les essais proposés sont globalement agréables à lire, tant et si bien que leur qualité littéraire peut nuire parfois à leur caractère présumé scientifique. Sur le fond, les liens musique et cuisine sont souvent anecdotiques, voire artificiels, certains essais n’évoquant même pas la musique (la Nouvelle Zélande et la Grèce). On retrouve à travers tous ces textes l’émergence de trois modes de relation entre musique et cuisine :

   * La musique  et la cuisine comme deux marqueurs identitaires (Kerala) ;    
   * La musique et la cuisine unies à travers les contextes de fête et de rituel (Corée) ;    
   * Le parallèle, presque  structurel, entre apprentissage culinaire et musical (Inde du Nord).

Mais la réflexion sur ces trois axes ne se base pas sur de véritables enquêtes mais plutôt sur les impressions des auteurs, ce qui nous laisse, en quelque sorte, sur notre faim. En effet, les essais tablent plus sur des descriptions d’ambiances que sur un véritable travail scientifique. C’est d’ailleurs une des ambitions du livre que de permettre au lecteur de recréer une atmosphère autour de son repas – à l’aide, entre autre, de la discographie et de la bibliographie – ce qui tend vers une certaine « exotisation ». Ces quelques nuances soulèvent des questions sur le projet initial de l’ouvrage : à qui s’adresse « The Ethnomusicologists’ Cookbook » ? De « manuel de survie » pour ethnomusicologues accrocs à l’observation participante, il est en fait un bon livre de cuisine original à ranger près de vos fourneaux. Une ambition géographique plus mesurée aurait peut-être permis un approfondissement du sujet. Le premier pas que constitue cet ouvrage, dans ce que Sean Williams nomme la « gastromusicology », en appelle donc de nouveaux.

Julien Jugand et Jeanne Miramon-Bonhoure