Mali: Le chant des chasseurs

Homerecherchechroniques CD-DVDMali: Le chant des chasseurs

Disque paru en 2008, CD-1244, VDE, Genève. AIMP LXXXIII, Musée d’ethnographie de Genève
Enregistrements : Vincent Zanetti en Côte d’Ivoire et au Mali entre 1998 et 2008
Commentaires et photos : Vincent Zanetti
Constitué de : un disque et un livret (photos et commentaires)

cd1244.jpg    Enfin un disque sur la musique des chasseurs qui malgré la vitalité des pratiques musicales dans l’aire culturelle mandingue est peu présente dans les productions, notamment à caractère scientifique, tel que VDE. Cette musique est réservée et jouée à l’intention des chasseurs (donsow) organisés en confrérie (donso tòn), association politico-religieuse présente dans la plupart des villages importants du Mali. Elle accompagne les cérémonies propres aux confrères qu’elle soit à caractère privé, dans des lieux spécifiques et des rituels précis, ou à caractère public, au centre du village. Bien que les confréries répondent à une organisation et une culture commune, les musiques et les danses n’en sont pas moins différentes selon les communautés (maninka, bamana, peul,…). Contrairement aux griots, les musiciens de chasseurs appelés sora en région maninka, ou donso jeli – littéralement le griot des chasseurs – chez les bamana, le sont par choix, et ont pour vocation d’animer, d’encourager ou d’instruire les chasseurs. Leur musique se caractérise par un chant responsorial – entre deux musiciens et/ou avec les gens présents à la cérémonie – et le jeu d’une harpe-luth à chevalet dont la caisse de résonnance est formée d’une calebasse et d’une peau animale tendue en guise de table d’harmonie. Nommée donso n’goni chez les bamana, elle est munie de six cordes en nylon organisées sur une échelle pentaphonique et elle est généralement accompagnée d’un racleur en métal joué par un second musicien. La harpe maninka appelée simbi dispose de sept ou neuf cordes métalliques respectant une échelle heptaphonique. Malgré ces différences, les répertoires et les contextes de jeu sont à peu près similaires ; ils sont composés d’hymnes, de récits ou de louanges.

    En somme, l’objectif de ce disque est de présenter la musique des chasseurs maninka du Mali, pour laquelle il n’existe quasiment aucune production, ainsi que quelques pièces de la musique du donso n’goni bamana – pistes 1, 4 et 7 – qui en revanche, a fait l’objet de quelques disques de qualité. L’auteur propose ainsi une lecture comparative justifiant de « la nécessité de mettre en évidence la parenté » (p. 9) de ces deux types de musiques. Nous avons donc trois écoutes de musique bamana pour six maninka, permettant d’établir des similutdes ou des distinctions entre ces deux styles. Les enregistrements sont de bonne qualité et ont été réalisés dans des contextes variés – cérémonie de deuil, sacrifices aux divinités et veillée villageoise. Les pièces sont éxécutées par différents chantres, ce qui permet d’apprécier la variété des esthétiques vocales, du jeu de la harpe et des stratégies responsoriales mises en œuvre. Pour chacune d’entre elles, la notice indique les musiciens, les lieux et la date d’enregistrement, ainsi qu’une brève annotation du contexte, du contenu linguistique et de l’atmosphère, donnant au lecteur la capacité de replacer les enregistrements dans leur contexte original. Enfin, les cinq photos en noir et blanc annotées illustrent plutôt bien les instruments, les musiciens, les chasseurs et l’ambiance de ces moments musicaux.

    Resituant le contexte plutôt complexe de cette musique, Vincent Zanetti évoque de manière synthétique et claire les aspects de la confrérie, ainsi que la singularité du musicien des chasseurs. Malgré les qualités de ce disque, notamment celle de rendre hommage à la musique si peu connue des chasseurs maninka, il est toutefois regrettable que l’auteur ne fasse aucunement mention des sources utilisées – absence de notes de bas de pages, de bibliographie ou de discographie – sachant que les informations sur ces musiques sont rares et difficiles à trouver. Quant aux musiques des chasseurs au Mali, il en existe autant de variétés que de communautés, on peut citer le bamànan jùru de la région de Ségou ou encore le nangolen dans le cercle de Bla, qui sont également affiliés par leurs détracteurs au style bamana mais n’en sont pas moins différentes. Cela montre bien la complexité et la richesse de ces musiques pour lesquelles, comme le souligne Vincent Zanetti à propos des pratiques culturelles, « il serait illusoire de vouloir les réduire toutes à un système de valeurs unique ou à un patrimoine parfaitement integré » (p. 3).

Guillaume Duval pour ethnomusiKa


Ecouter les extraits

Extrait 1 style bamana, “Donsobaw ka dunun kan” (La voix du tambour des grands chasseurs) éxécuté par Siaka Ballo (soliste, donso n’goni), Siaka Diallo (choeur, donso n’goni) et Pala Coulibaly (karinian) (plage 7 du CD)

Extrait 2 style maninka, “Siniya ma kono” (L’oiseau de l’aube), éxécuté par Sidikiba Coulibaly (soliste et simbi), Ousmane et Sajo Camara (choeur et simbi) (plage 6)