Soutenance de Thèse: Mohamed-Ali Kammoun. Les nouvelles tendances instrumentales improvisées en Tunisie Enjeux esthétiques, culturels et didactiques du jazz, de la modalité et du métissage

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Lundi 16 novembre 2009 à 9h
Salle de cours – Centre d’études Catalanes
9, rue sainte-croix de la bretonnerie, 75004 – Paris

Mohamed-Ali Kammoun

Les nouvelles tendances instrumentales improvisées en Tunisie
Enjeux esthétiques, culturels et didactiques du jazz, de la modalité et du métissage

JURY

M. Jean-Marc CHOUVEL
(directeur – Université de Reims)

M. Nicolas MEUÙS
(Président de Jury – Université de Paris IV-Sorbonne)

M. Mourad SAKLI
(Rapporteur – Université de Tunis)

M. Pierre MICHEL
(Rapporteur – Université de Strasbourg)

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Position de thèse

Les traditions musicales du monde arabe subissent de nos jours des influences culturelles multiples. Alors que beaucoup de musiciens et musicologues parlent du déclin de cet art, après une période prospère de la chanson orientale (début du XXe siècle – fin des années 70) et une prolifération des genres pop, de nouvelles tendances instrumentales émergent et rayonnent à l’échelle internationale. Ce phénomène semble évoluer en connivence avec un processus de métissage, lié à l’occidentalisation et à d’autres modes d’acculturation s’influence turque, indienne, andalouse, etc. En Tunisie, l’ouverture sur les cultures du monde en général, et sur la culture occidentale en particulier, prend à la fin du XXe siècle des proportions importantes. Outre la prédominance de la variété internationale dans ce pays, l’influence de quelques genres de musiques improvisées, comme le jazz, le rock, le latino[1] et la musique électronique, permet de développer de nouveaux modes d’expression musicale.

L’impact de la musique occidentale en Tunisie se fait de plus en plus ressentir et s’accompagne d’un phénomène de métissage très révélateur, touchant principalement deux secteurs musicaux : le secteur de la variété (musiques de masse) et le secteur des musiques instrumentales improvisées. Nous nous concentrons dans ce travail sur le secteur des musiques improvisées, qui tend à avoir une certaine légitimité[2] auprès des arts dits savants. Bien entendu, l’aspect commercial des musiques que nous évoquerons n’est pas exclu.

De nouvelles tendances instrumentales improvisées émergent en Tunisie vers le début des années 80, et connaissent actuellement un essor important. Ces nouvelles tendances semblent évoquer, comme nous le verrons au cours de ce travail, un double-processus de métissage culturel :

– un processus jeune : flux créatifs d’ordre plutôt implicite et acculturant (à voir chez les nouvelles générations de musiciens) ;

– un processus expérimenté : créations musicales métissées élaborées par des compositeurs interprètes de renom (langages « conceptuels »).

L’objectif principal de cette thèse consiste alors à analyser et à comprendre les enjeux culturels et esthétiques de ce phénomène de métissage, afin de contribuer à éclairer quelque peu la réalité contemporaine de l’identité culturelle tunisienne.

Comment les nouvelles tendances instrumentales improvisées sont-elles apparues en Tunisie et quels rapports entretiennent-elles avec l’occidentalisation ? Quels intérêts portent les nouvelles générations de musiciens tunisiens pour les musiques extra-arabes en général, et pour le métissage culturel en particulier ? De quelle manière « acculturante » la globalisation de la musique s’affiche-t-elle dans le discours musical de ces musiciens ? Peut-on imaginer une évolution esthétique des musiques des maqâm-s à travers des langages exogènes comme le jazz ?

Nous tenterons de répondre à ces questions en nous appuyant sur des études de cas s’articlant autour de quatre grandes parties. Nous effectuerons d’abord une analyse historique des circonstances culturelles ayant contribué directement et indirectement à l’émergence de nouvelles tendances instrumentales improvisées en Tunisie. Ces circonstances seront principalement examinées à travers l’influence du jazz. Des travaux de recherche effectués antérieurement nous ont permis, en effet, de constater des liens entre le jazz en Tunisie et le phénomène de métissage culturel. À partir d’une étude plus complète de l’histoire du jazz dans ce pays, nous espérons dégager quelques effets de l’occidentalisation sur la vie culturelle tunisienne, afin de définir le phénomène de métissage correspondant : son émergence, ses tendances et ses spécificités techniques générales.

Nous étudierons ensuite les inférences du phénomène de métissage sur l’écoute, l’apprentissage et les pratiques musicales d’une population de jeunes apprenants des Instituts Supérieurs de Musique en Tunisie. Une enquête sociologique et statistique de ces tendances permet à la fois de les définir et de vérifier leurs corrélations avec un intérêt de métissage musical. Cette étude se voudrait une lecture quantitative de l’incidence du phénomène de la globalisation de la musique sur les pratiques musicales contemporaines en Tunisie.

Dans la troisième et la quatrième partie, nous nous pencherons sur les caractéristiques analytiques proprement musicales des processus créatifs émergents, dans une double stratégie. La première – visant à déceler une dimension intuitive, implicite, du phénomène de l’acculturation, occidentale et arabe – prendra comme corpus des improvisations faites par des claviéristes diplômés des ISM-s. La seconde – ciblant une dimension explicite, consciente et élaborée du métissage entre musiques de maqâm-s et influences culturelles exogènes, en l’occurrence le jazz – prendra comme corpus une œuvre musicale du `ûdiste et compositeur tunisien Anouar Brahem.

Notre étude oscille clairement entre le domaine de la sociologie – dont le propre est de décrire et d’analyser des réalités socio-musicales nouvelles (pratiques de jeunes musiciens) – et le domaine de la musicologie analytique, apte à déceler la pertinence d’un discours musical, ainsi qu’à approcher les spécificités stylistiques des tendances musicales en question. Toutefois, afin de mieux traiter les phénomènes musicaux hybrides, nous ferons appel à des outils analytiques de la sémiologie et du domaine de la psychologie expérimentale.

Un problème fondamental de la stylistique musicale au XXe siècle est probablement sa terminologie. Les considérations terminologiques présentées ci-dessous peuvent être longuement controversées du fait de leur complexité. En outre, la recherche musicologique étant à ses débuts dans le monde arabe, ces concepts ne jouissent pas encore de la stabilité souhaitée. Néanmoins, aborder le problème de la définition de divers concepts comme « le métissage », « la musique arabe », « la musique tunisienne » et « l’identité musicale » s’avère indispensable.

[1] Le « latino » est un terme générique qui désignera ici un genre musical englobant les styles connus d’Amérique latine, qu’on peut subdiviser en deux catégories : la musique afro-cubaine et la musique brésilienne. Voir : Hal Leonard Publishing Corporation, The Latin Real Book : The Best Contemporary & Classic Salsa, Brazilian Music, Latin Jazz, Sher Music, 1 mars 1999.

[2] Les sociologues occidentaux parlent de « musiques légitimes » pour évoquer des genres musicaux reconnus par les musicologues comme la musique classique, le jazz et les musiques traditionnelles (de compositeurs inconnus, généralement).

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