Dates et appel à communications - colloque Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission

Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission

Colloque international - 4 et 5 juin 2010 – Liban

Organisé par l’ Université Antonine (Baabda - Liban), en collaboration avec l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV), l’Académie Arabe de Musique, la Fondation pour l’archivage et la recherche sur la musique arabe (AMAR), L’Université Américaine de Beyrouth (AUB), la collection Taqālīd.

Appel à communications

Thématique

Il s’agit de voir les usages des enregistrements, tout particulièrement ceux publiés, à la fois pour la musicologie (étude des musiques), pour la transmission des musiques (les musiques non écrites ne sont plus depuis un siècle des musiques de l’éternel présent ethnologique), et pour l’ethnomusicologie (étude de l’usage des enregistrements).
François Picard - Université Paris-Sorbonne

Champ

Le champ visé est celui des traditions musicales monodiques modales vivantes et/ou anciennes appartenant aux espaces culturels arabe et méditerranéen, ainsi qu’aux sphères apparentées, de l’Europe (notamment médiévale) à l’Asie centrale.

Problématique

Ce colloque s’inscrit dans le sillage de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, promulguée en 2003 par les États membres de l’UNESCO et dans les problématiques qui lui sont subséquentes. Ce document, en effet, a le mérite de faire reconnaître officiellement par les états membres de l’UNESCO et les organismes internationaux la haute importance culturelle des traditions transmises oralement et d’inciter à leur préservation en tant que “patrimoines immatériels“. Quant aux traditions musicales vivantes, à présent menacées d’extinction, l’enregistrement sonore, certes, représente un important vecteur de conservation, de transmission (complémentaire à l’initiation de maître à disciple), de diffusion (à la fois, auprès des publics autochtones et allochtones) et d’étude (pour les musicologues autochtones et les ethnomusicologues allochtones). Cependant, l’incursion de cette technique a constitué un important facteur de changement. Ce changement[1] a pris d’abord (dès 1903 et les premiers 78 tours commerciaux enregistrés en Égypte), l’apparence d’une évolution endogène, consécutive à l’inféodation des musiciens traditionnels improvisateurs à des astreintes techniques inusitées[2], aboutissant à la transformation de séquences musicales aux phrasés originairement assujettis aux fluctuations de la créativité traditionnelle (par le biais, notamment, de l’improvisation) en autant d’“œuvres“ publiées, apparemment fixes, devenant aux yeux de nombreux analystes[3] et autres institutions officielles, voire de la postérité, une sorte de “patrimoine“ canonique. Cette patrimonialité fixiste a constitué, dès le premier tiers du xxe siècle, un facteur de fossilisation pour certaines traditions vivantes artistiques, confrontées à la vivacité des modèles musicaux occidentaux[4], dont la production est activement diffusée sur toute la planète dès le début du xxe siècle par le biais du disque, support relayé ensuite par la radio, le cinéma, la télévision et la toile électronique. En conséquence, les traditions locales sont marginalisées au profit de productions musicales acculturatives où le système harmonique tonal d’origine occidentale prédomine. Au bout du compte les supports diffusifs des enregistrements sonores sont accaparés par ces expressions musicales occidentalisées et deviennent le vecteur de leur hégémonie culturelle au sein d’une globalisation friande de normalisation culturelle. Le colloque projeté est appelé à étudier la complexité de cette relation dialectique existant entre les traditions musicales monodiques modales des mondes arabe et méditerranéen et le support de l’enregistrement sonore, notamment publié, selon une pluralité de perspectives disciplinaires.
Nidaa Abou Mrad - Université Antonine

Axes des communications

  1. Historiographie et sociologie de l’enregistrement musical publié ;
  2. L’enregistrement sonore, vecteur de diffusion des traditions versus facteur d’acculturation ;
  3. L’enregistrement sonore, objet d’investigation musicologique et anthropologique ;
  4. L’enregistrement sonore, vecteur de transmission de traditions ;
  5. Conservation, numérisation, archivage et diffusion.
Les propositions de communications (en arabe, français ou anglais), d’un maximum de 4000 caractères (espaces non compris), accompagnées d’un bref CV, devront être envoyées par courrier électronique à nidaaamr@upa.edu.lb avant le 10 mars 2010. Le conseil scientifique du colloque rendra sa décision avant le 1er avril 2010 quant à l’acceptation des propositions.
Une sélection des conférences et communications qui seront présentées au colloque est appelée à être transformée en articles scientifiques pour publication au sein du n° 4 (2010) de la Revue des Traditions Musicales des Mondes Arabe et Méditerranéen – RTMMAM et ce, sous le contrôle du comité rédactionnel de ce périodique.
Conseil scientifique du colloque (par ordre alphabétique) : Frédéric Billiet (Université Paris-Sorbonne IV), Jean During (CNRS – France),Mahmoud Guettat (Institut Supérieur de Musique de Tunis et Académie Arabe de Musique), Frédéric Lagrange (Université Paris-Sorbonne IV), Jean Lambert (Université Paris X Nanterre – Musée de l’Homme), Nicolas Meeùs (Université Paris-Sorbonne IV), François Picard (Université Paris-Sorbonne IV), Ali Jihad Racy (University of California Los Angeles). Coprésidents du colloque : Pr. Antoine Rajeh, recteur de l’Université Antonine et Chérif Khaznadar, président de l’Assemblée générale des États parties à la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (UNESCO). Codirecteurs du colloque : Nidaa Abou Mrad (Université Antonine) et Kamal Kassar (Fondation AMAR).

[1] Les premières études systématiques de ce phénomène figurent notamment dans : Ali Jihad Racy, 1977, “Musical Change and Commercial Recording in Egypt, 1904-1932”, PhD Dissertation, University of Illinois, Urbana, Illinois; Bruno Nettl 1984, “Western Musical Values and the Character of Ethnomusicology”, The World of Music, vol. 24, n° 1, p. 29-41 et 1985,The Western impact on world music, change, adaptation, and survival, New York, London, Schirmer Books, Collier Macmillan.

[2] Il s’agit, notamment, de la contrainte du format stéréotypé du support d’enregistrement. Par exemple, une face de disque 78 tours fait 3 à 4 minutes, ce qui impose une sorte de saucissonnage des performances réelles et vivantes aux longues durées fluctuantes (Ali Jihad Racy, 1977, op. cit., Frédéric Lagrange, 1994, aMusiciens et poètes en Égypte au temps de la Nahd, thèse de doctorat (non publiée), Université de Paris VIII, Saint-Denis, et 1996, Musiques d’Égypte [livre accompagné d’un CD anthologique], Paris, Cité de la Musique/Actes Sud).

[3] À commencer par les musicologues comparatistes de l’école de Berlin, présents en 1932 au Congrès de musique arabe du Caire et superviseurs idéologiques des enregistrements réalisés dans ce cadre (Racy, Jihad, 1991, “Historical Worldviews of Early Ethnomusicologists: An East-West Encounter in Cairo, 1932”, Ethnomusicology and Modern Music History, Urbana and Chicago, University of Illinois Press, 1991, et 1992, « Musicologues comparatistes européens et musique égyptienne au Congrès du Caire », in Schéhérazade Hassan, (éd.) Musique arabe, Le Congrès du Caire de 1932, CEDEJ, Paris, 1992, pp. 109-122).

[4] S’agissant de la musique européenne dite classique, du Jazz et des diverses musiques occidentales populaires modernes et de variété.

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