Dr Emmanuel During, médecin psychiatre. Analyse du « trouble dissociatif de type transe et possession », thèse de médecine, 2008

Analyse du « trouble dissociatif de type transe et possession » proposé à l’étude par le DSM-IV. Etude des aspects nosologiques, epidémiologiques, cliniques, psychopathologiques et thérapeutiques lies a cette eventualité diagnostique.

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Résumé

Le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) ou classification psychiatrique américaine, représente à la fois le système nosologique le plus influent et le plus controversé dans le monde. Au gré de ses révisions successives depuis 1952, le DSM a vu le nombre de ses catégories diagnostiques décupler, dénombrant dans sa dernière édition en 2000 près de 400 entités diagnostiques. Ce système, bien que critiquable car basé sur des critères essentiellement comportementaux et tenant insuffisamment compte de l’expérience subjective du patient comme du contexte personnel et culturel, demeure néanmoins un outil indispensable pour fonder la communication et la recherche sur une base objective et un langage commun.
La nosologie propose depuis 1994 d’étudier le « trouble dissociatif de type transe » (TDT), avec ses deux sous-types « transe » et « possession », afin d’évaluer la nécessité de l’inclure officiellement dans sa prochaine édition attendue en 2012. Les critères comportementaux pour le trouble psychiatrique TDT correspondent en apparence à ceux observés dans les formes habituelles de la transe et de la possession. Toutefois, doivent s’ajouter à cela deux autres critères : souffrance et désinsertion. La classification ajoute enfin que ce trouble, à forte composante culturelle, pourrait toucher toutes les sociétés mais dans les sociétés dites « industrialisées » il toucherait particulièrement les individus issus des minorités.

L’anthropologie fournit des informations importantes sur les fonctions possibles de la transe. Les différentes théories de la psyché proposées par la psychologie et la psychanalyse produisent également des modèles explicatifs sur les phénomènes « dissociatifs », dont l’archétype occidental est bien représenté par ce que Charcot puis Freud et Janet ont nommé « hystérie ». Toutefois, chacun de ces niveaux interprétatifs semble, s’il est pris individuellement, se heurter à la complexité du phénomène de par la multiplicité des champs qu’il pourrait engager. Une approche plus valide devrait idéalement pouvoir tirer profit des données et des méthodes de l’anthropologie et de la psychiatrie. L’ethnopsychiatrie ou psychiatrie transculturelle s’inscrit dans une telle perspective complémentariste, articulant les niveaux individuel et collectif, psychiatrique et culturel.

Notre méthode consiste en une revue de la littérature et en une enquête de terrain dans le service de psychiatrie transculturelle du Pr Moro à l’Hôpital Avicenne, Université Paris 13. Notre recherche nous permet de conclure que le TDT correspond bien à une réalité clinique en France. Dans les pays occidentaux, il semble fortement lié à la question de la migration et aux difficultés d’acculturation, mais peut révéler une multitude d’autres problématiques, en particulier d’ordre traumatique. L’étude de ce « nouveau » trouble dissociatif, de par les rapports évidents qu’il entretient avec la culture du patient, qu’il soit migrant ou non, pose de façon critique la question du risque permanent de biais diagnostique en situation transculturelle (lorsque le médecin et le patient ne partagent pas la même culture) et interroge plus généralement la possibilité de produire une classification psychiatrique libre de culture.

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